• Le transport aérien et la continuité territoriale

     


     
     
     
     

    Malgré la volonté affichée du gouvernement d'instaurer une continuité territoriale entre l'Hexagone et les Antilles, le prix du transport aérien demeure un obstacle majeur.

     

    C'est 1000 euros, au minimum, que Séverine Cambray devra débourser juste pour aller passer les concours d'entrée des trois écoles supérieures de commerce qu'elle vise. Car cette étudiante lamentinoise de 20 ans habite à près de 8000 kilomètres du lieu où sont convoqués les candidats. "Je suis déjà presque découragée", soupire-t-elle. Séverine n'a pourtant pas le choix. Aux frais d'inscription des concours s'ajoute, dans son cas, la note salée d'un aller-retour Fort-de-France-Paris. D'autant plus salée que certains concours ont lieu à la fin d'août, l'une des périodes les plus chères de l'année sur la liaison transatlantique.

    Si Séverine a de la chance, elle peut espérer trouver un billet aux alentours de 900 euros. Pas donné, mais encore loin du tarif maximal, qui peut frôler... 2000 euros aux alentours des fêtes de fin d'année, du carnaval et, surtout, au début et à la fin des grandes vacances. C'est cette très forte saisonnalité qui explique les écarts de prix si importants: "C'est la loi de l'offre et de la demande, résume, sur le ton de l'évidence, Philippe Lacoste, délégué régional Guadeloupe et Nord Caraïbes d'Air France. La demande est supérieure à l'offre quatre à cinq mois durant l'année; elle est inférieure le reste du temps..." Corsairfly, l'une des trois compagnies régulières assurant la liaison métropole-Antilles, avec Air France et Air Caraïbes, affirme cependant avoir lissé sa grille tarifaire depuis le 1er mai: "Nous utilisons toujours le yield management (plus on réserve tôt, moins on paie cher), mais nous avons simplifié les tarifs, certifie Jérôme Bazin, représentant de Corsairfly en Martinique. Nous appliquons une moyenne sur l'année qui permet de limiter les hausses durant la haute saison."

     

     

    Pour Séverine Cambray, notre étudiante lamentinoise, il ne reste donc qu'une solution: dénicher une aide publique. Jusqu'à l'automne dernier, elle aurait pu bénéficier de l'Aide au voyage aérien. Cette dotation de l'Etat, mise en place en 2004, est versée au conseil régional pour aider à la mobilité des résidents martiniquais. Mais un désaccord entre la préfecture et la région a conduit son président, l'indépendantiste Alfred Marie-Jeanne, à suspendre brutalement le dispositif, en novembre dernier, alors que, en trois ans, plus de 40 000 voyageurs avaient pu bénéficier d'une prise en charge de 30 à 50% de leur billet.

    En Guadeloupe, le même système d'aide existe, via des bons de réduction de 100 à 300 euros, et profite à plus de 20 000 personnes chaque année. A la différence de la Martinique et de la Réunion, il est encore en service, mais il n'est pas exempt de critiques: "La dotation de continuité territoriale que nous verse l'Etat est de 6 millions d'euros, c'est ahurissant de mesquinerie", lâche Victorin Lurel, président (PS) du conseil régional. Et les évolutions de ces dispositifs prévues dans le projet de loi-programme inquiètent beaucoup...

    En attendant que le différend avec l'Etat soit réglé, Séverine peut encore tabler sur le "passeport mobilité", une aide, créée en 2002, qui ouvre le droit à un aller-retour annuel pour les étudiants ultramarins. Encore faut-il répondre à des critères d'éligibilité précis pour en bénéficier, comme la preuve que la filière convoitée n'existe pas dans sa région d'origine. Dans le cas contraire, Séverine n'a plus qu'à tabler sur la solidarité familiale. Difficile pour cette élève boursière, comme pour de nombreux Antillais, pour qui un aller-retour en métropole reste péniblement accessible.

     

     

     

    A l'inverse, en basse saison, le billet d'avion proposé par la compagnie s'élève dorénavant à 700 euros. En période de promotion, les prix tombent encore plus bas: "Nous pouvons proposer des vols à 400 euros, renchérit Serge Tsygalnitzky, directeur général d'Air Caraïbes. Mais c'est parce que nous faisons nos marges pendant les mois de pointe que nous y parvenons." De son côté, Philippe Lacoste, chez Air France, annonce des billets jusqu'à 355 euros en période creuse: "A ce prix-là, pour 14 000 kilomètres, on ne peut pas dire que ce soit cher!"

    Pour diminuer les prix -comme pour développer l'aéroport de Fort-de-France qu'il gère- Frantz Thodiard, directeur de la concession aéroportuaire à la chambre de commerce et d'industrie de la Martinique (CCIM), préfère tabler sur une hausse du trafic plutôt que sur un hypothétique étalement des congés. Pour cette année, toutefois, c'est mal parti. Le trafic passager transatlantique est en baisse de 2,7% depuis le début de l'année, alors qu'il était en hausse de 3,7% en 2007. "Pour attirer plus de touristes, il faut des moyens et une volonté politique, plaide Frantz Thodiard. Nous sommes loin du compte en Martinique, contrairement à la Guadeloupe, qui enregistre une nette hausse de son trafic national, ou à la Réunion, qui a réussi à récupérer les 15% de chute de l'après-chikungunya."

    Les évolutions du dispositif aérien inquiètent les domiens.Si les chambres de commerce ne décident pas de la politique touristique des Antilles, elles pourraient en revanche intervenir directement sur le montant des taxes appliquées sur chaque billet. Elles représentent, par exemple, plus du tiers du prix d'un aller-retour Martinique-Paris en classe économique, soit plus de 260 euros. "Mais la part qui nous revient n'est que de 3,1%, se défend Frantz Thodiard. Si nous faisions un effort, le résultat serait à peine perceptible pour le passager."

    En fait, aujourd'hui, ce sont les surcharges de carburant et le coût de la sécurité qui alourdissent considérablement la facture. Et, pour ces deux postes, les perspectives d'avenir ne poussent guerre à l'optimisme. "Tous nos efforts sur les tarifs sont masqués par la hausse du prix du pétrole, regrette Serge Tsygalnitzky. Chez Air Caraïbes, la surcharge de carburant est passée de 30 à 50 millions d'euros entre 2006 et 2007!"

     


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